Une classe ouverte en milieu rural pour sensibiliser aux questions écologiques et au travail agricole

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Bonjour, je m’appelle Victor Waqué, je suis enseignant d’EPS au lycée professionnel Arthur Rimbaud de Garges-lès-Gonesse dans le Val d’Oise. Je suis très sensible aux questions environnementales, que j’essaie d’introduire dans mon lycée. Cet intérêt se retrouve aussi en dehors, dans mes engagements individuels et mes centres d’intérêts, randonnées, botanique… Mais je suis également beaucoup de choses d’autres, un sportif, qui aime lire, écrire, danser…

J’ai mené cet été, avec un ami enseignant, un projet pédagogique original pour sensibiliser les élèves aux enjeux climatiques. Pendant douze jours, dans le cadre de l’école ouverte, six élèves sont partis en woofing chez un cultivateur de framboise bio, à Noirétable, découvrir son métier, la ruralité, et l’environnement qui l’entoure. Expérience humaine incroyable, à la fois éprouvante et heureuse pour les élèves, nous avons aussi animé des débats philosophiques sur notre rapport à la nature, une Fresque du climat, et d’autres expériences concrètes pour parler de ces objets. Le teaser de notre documentaire est disponible ici.

Quelles sont les raisons principales qui t’ont amené à t’impliquer pour la sensibilisation aux questions écologiques au lycée ?

L’enjeu de la crise de la biodiversité, le réchauffement climatique, et tout ce qu’on appelle généralement l’écologie sont pour moi des questions fondamentales aujourd’hui. Elles ont un impact très important, et délétère, sur notre société actuelle, mais surtout sur celle de demain, touchant tous les êtres vivants de cette planète. Pour moi, il est nécessaire d’agir, d’essayer de faire bouger les choses au moins à son échelle.

Alors j’ai commencé par des actions individuelles, et cette sensibilité s’est naturellement déclinée dans mon travail. D’autant plus qu’une dynamique collective est indispensable. L’école, si elle commence à aborder ces thématiques, le fait de manière insuffisante, alors que les jeunes générations seront celles les plus touchées. Il est nécessaire de les sensibiliser aux enjeux, et de leur proposer des moyens d’agir à leur tour. Nous avons besoin d’actions positives pour ne pas tomber dans l’éco-anxiété. J’ai commencé par la création d’un potager au lycée, menée par une classe, puis progressivement les projets se sont diversifiés et précisés.

Peux-tu nous en dire plus sur la façon dont tu mènes ces projets et dont tu impliques les élèves ?

J’ai initié plusieurs projets dans le lycée, pour sensibiliser les élèves aux questions environnementales : ces projets impliquent plus ou moins d’élèves et en cela ils sont complémentaires les uns des autres.

Nous avons mis en place une journée qui vise à toucher tous les élèves de l’établissement car il est fondamental de connaître les grandes lignes du réchauffement climatique, ses causes et ses conséquences dans notre société. La journée touche toutes les classes de 1ere, en début d’année, avec une Fresque du climat, ainsi que des débats sur les pistes d’actions pour un avenir meilleur. Les élèves reçoivent des connaissances franchement désolantes, puis on essaie avec eux de réfléchir aux manières de changer les choses. Tous les élèves ne sont pas réceptifs, mais au moins, ils ont eu les informations essentielles qui permettent d’agir dans notre monde « en conscience ».

Il y a ces projets très ponctuels dont j’ai parlé plus tôt, qui touchent peu d’élèves, des volontaires, mais de manière bien plus intense, immersive, et donc profonde, où nous partons à la rencontre de la « nature » et de ceux qui vivent dans le respect des vivants. On se focalise ici sur l’expérience intense, émotionnelle et belle de la découverte de la nature.

Enfin, cette année j’ai débuté, avec des collègues des actions avec les éco-délégués, pour les sensibiliser de manière ludique et leur donner envie de s’engager. Après quelques sorties dans les alentours pour découvrir ce qu’est une forêt et la nature environnante, nous allons avec eux calculer les émissions de CO2 du lycée pour ensuite essayer de les diminuer par les actions qu’ils proposeront. Ce projet se fait en partenariat avec l’association Clicks on. Ici les élèves sont volontaires, immergés dans cet enjeu, qu’ils approfondissent par le jeu : ils vont devenir acteurs du changement à l’échelle du lycée.

Ainsi, tous les élèves ou presque de l’établissement sont touchés. Ceux plus intéressés par la question peuvent s’engager dans ces projets, mais ce n’est pas obligatoire. Pour moi il faut être volontaire pour agir sur les questions du climat. Il faut que ça vienne de soi. D’où ces différentes portes d’entrée.

Tous ces projets ne sont possibles qu’avec une équipe de direction très conciliante, à l’écoute, qui encourage les projets ! J’ai cette chance. Ensuite, il s’agit de trouver des collègues intéressés pour s’engager ensemble à la préparation et la mise en pratique des actions. Ce n’est pas toujours évident, cela fonctionne par les affinités au sein de l’équipe ainsi que la sensibilité de chacun sur le sujet environnemental. Nous organisons des temps ensemble pour réfléchir à la forme du projet et nous répartir le travail. Ensuite, nous expérimentons en pratique, et nous nous adaptons pour la fois suivante ! C’est long et laborieux, mais quand ça fonctionne, quelle satisfaction !

Qui et quelles sont tes sources d’inspiration ?

Je m’inspire beaucoup d’associations ou d’organismes engagés sur les questions environnementales, qui sont un puits de bonnes idées, comme l’association Fresque du climat, le projet Clicks on, ou la page Facebook « Prof en transition ». Les colibris, le mouvement Extinction Rébellion, et tous ces mouvements, s’ils ne sont pas transposables directement à l’école sont aussi des sources de réflexion et d’inspiration.

Mais la meilleure manière selon moi pour trouver de nouvelles perspectives pédagogiques, c’est de discuter avec les autres, pour créer de nouvelles idées ensemble. Ce qu’on ne fait pas très souvent, malheureusement. Il faut aussi savoir écouter son imagination et ses idées un peu folles, les expérimenter, sans se fixer de limite, la réalité le fera pour nous !

Quel est le meilleur conseil que tes élèves ont pu te donner ?

Lors de la sortie en woofing de douze jours avec les élèves, où nous passions des moments extraordinaires, un soir, une élève me dit qu’ici, elle a l’impression d’être dans une colonie de vacances un peu particulière. J’ai au début été un peu vexé, me disant que le but ici, c’était d’apprendre, qu’on était pas en colo. Finalement, après réflexion, je me suis dit qu’elle avait raison. Qu’il était primordial que les élèves s’amusent, prennent du plaisir, et que c’est dans ces conditions que les apprentissages se feront plus facilement, les élèves seront plus attentifs et voudront continuer à aller dans cette direction. Le conseil que Charlotte m’a donné, c’est donc de valoriser le plaisir des élèves, pour que ceux-ci désirent s’engager et participer aux apprentissages plus laborieux. Un conseil évident, mais qu’on perd vite de vue dans le système scolaire conventionnel !

Es-tu optimiste pour l’avenir ?

Non, je ne suis pas optimiste. Les prévisions du GIEC sont effrayantes. Nous nous engageons dans les pires scénarios du réchauffement climatique. Les pays tout comme les entreprises étant aujourd’hui incapables de faire des choix forts pour réduire de manière convaincante les émissions de CO2. Alors comment être optimiste ? Néanmoins, il est nécessaire d’essayer, d’agir, de faire preuve de courage en essayant de proposer des alternatives. C’est ainsi que peut-être, une réelle dynamique pourra s’engager. Essayer soi-même de faire de son mieux, c’est le premier pas indispensable. C’est faire le Colibri. Ne pas trop penser à l’avenir sombre qui s’annonce, mais se concentrer sur le présent et la manière de le rendre plus résilient, plus respectueux du vivant !